Force centrifuge ou force centripète ?

L’attraction de la force centrifuge …

« Tard je t’ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée. C’est que tu étais au-dedans de moi, et moi, j’étais en dehors de moi ! Et c’est là que je te cherchais. »

Beauté rouge

Ainsi parle Augustin d’Hippone, dit Saint-Augustin, qui vécut dans l’actuelle Algérie de 354 à 430. Philosophe et théologien, il comprend un jour que sa quête est mal orientée : toute tournée vers l’extérieur. C’est là qu’il espère trouver son bonheur. Hors de lui. Mais il ne fait rien d’autre que de s’éloigner de plus en plus de lui-même et de sa vérité.

Dans une sorte de retournement, il découvre que ce qu’il cherche se trouve dans un changement de direction : comme quand on fait une conversion au ski et qu’on tourne littéralement le dos à là d’où on venait. Et voilà qu’au lieu de se laisser entrainer par une sorte de force centrifuge, Augustin revient vers le centre, son centre, dans un mouvement centripète. Et là, il découvre ce que, dans ce passage, il appelle la Beauté, qui s’offre quand on accepte de revenir au-dedans de soi.

… nous entraine loin de ce que nous cherchons

Force centrifuge

L’expérience qu’a faite Augustin d’Hippone beaucoup d’entre nous la faisons : nous cherchons d’abord à l’extérieur de nous ce qui pourrait donner du sens à notre vie. Et, je ne sais pas comment était la société aux 3ème et 4ème siècles de notre ère, mais assurément, la société du 21ème siècle a tendance à promouvoir une recherche de soi vers l’extérieur : par la possession de biens et de relations (les fameux « amis » dont il est important d’augmenter le nombre dans les réseaux sociaux), la consommation, les activités à outrance … Notre société tire son profit de notre éloignement de nous-mêmes. Et nous nous laissons entrainer … jusqu’à ce qu’une crise vienne à notre rencontre. Et nous fasse prendre conscience que quelque chose ne tourne pas rond, que nous sommes mal orientés. 

Une bonne crise et un peu de ski !

La crise, en grec, cela signifie « décision ». La crise, parce qu’elle nous malmène et nous fait prendre conscience que ça ne peut plus durer et qu’il nous faut changer quelque chose, s’offre à nous comme une possibilité de décider, de choisir. Soit nous faisons « toujours plus de la même chose », en croyant qu’en continuant de plus en plus ce qui nous a mené vers là, ça finira par aller mieux (c’est de ça que je parlais la semaine dernière). Soit nous acceptons de nous retourner vers l’intérieur. Ce n’est ni toujours évident, ni forcément confortable. Ça peut même être souvent douloureux et fatigant. Mais la promesse de cette crise et du retournement qui en découle, c’est la découverte de ce qu’Augustin appelle la Beauté. 

Nous pouvons lui donner chacun le nom qui nous convient. Mais ce que nous découvrons c’est que là, au fond de nous, elle nous attendait. Et qu’alors que tous nos efforts pour être reconnus par des actes tournés vers l’extérieur nous épuisaient dans une quête sans fin, nous pouvons dans cette rencontre avec la Beauté qui nous attend à l’intérieur être juste ce que nous sommes, tels que nous sommes, sans épuisement et sans justification.

Conversion

Imaginez : vous êtes dans la neige, les skis aux pieds. Vous plantez un premier ski, vous faites pivoter et hop, vous ramenez le second et vous voilà dans une toute nouvelle direction. Et même, si la pente est trop raide, vous pouvez faire votre conversion le dos dans la neige … ça marche aussi. Puisque, enfin, la neige est là dans nos montagnes, c’est peut-être l’occasion de nous retourner vers l’intérieur et d’y découvrir notre Beauté, non ?

Des occasions de revenir vers l’intérieur : 

  • Chaque mercredi, prenez une pause pendant le temps de midi
  • Fin août, trois jours en résidentiel pour revenir à vous, à votre vie et à ce qui lui donne son sens