Le chemin pour dé-faire

Se mettre en chemin pour dé-faire

Une histoire d’aigle

Les Anciens des tribus du nord et du sud d’Amérique racontent une histoire d’aigle qui m’a parlé lorsque, au mois de mars, je rentrais dans ma 3ème maladie infectieuse en trois mois ! L’incapacité de mon organisme épuisé à me protéger des virus m’a rendu évident le fait que j’étais à un tournant qui appelait une transformation. Et l’évidence de la solitude pour vivre cette transformation m’est aussi apparue de façon claire.

Arrêter de faire et laisser se défaire

Je n’avais pas 150 jours devant moi ! Mais j’ai décidé de me mettre en chemin, seule, pendant 10 jours. Mon intention en partant n’était pas de faire (des kilomètres, des performances, ou quoi que soit d’autre). Bien au contraire : je souhaitais simplement que le chemin m’aide à défaire. Défaire ce que je crois être. Défaire ce que je crois que les autres sont. Défaire ce que je crois devoir être dans les relations avec les autres. Défaire toutes les histoires que je me raconte …

A travers la solitude et les difficultés du chemin, à travers les douleurs de mon corps cheminant, à travers les paysages, les animaux, les lieux, les personnes rencontrés, je me retrouve nez à nez avec mes nœuds : ceux qui sont encore serrés, ceux qui commencent lentement à se défaire …

Un corps vivant avec plutôt que des assurances contre

Je me rends compte que tout ce qui pèse dans mon sac c’est ce que j’y ai mis pour me sécuriser : contre le froid, contre la pluie, contre la faim, contre les maux divers, contre ! J’ai cherché à me rassurer en me protégeant contre et ce faisant, je me suis chargée, j’ai posé du poids inutile sur mes épaules, mon bassin, mes genoux, mes pieds …

Et je prends conscience au fil des jours que je peux laisser mes orteils s’étaler dans les chaussures plutôt que de les recroqueviller comme si, à travers eux, je cherchais à m’agripper (à quoi ?) ; que je peux laisser mon pied se dérouler, sentir le sol du talon aux orteils, plutôt que de me précipiter pour passer à l’autre pied ; que je peux laisser mes épaules s’abaisser, se relâcher, plutôt que de tenter, à travers elles, de m’accrocher et de me retenir par le haut. Que je peux être avec mon corps.

Le chemin comme lieu de rencontre avec soi

Cette expérience me donne envie, déjà, de repartir, seule. Et même si la prochaine fois ce n’est toujours pas pour 150 jours, je sais que ce sera avec un sac plus léger !

Je perçois aussi que le dé-faire (de mon vieux bec, de mes anciennes serres, de mes plumes usées) initié par le chemin va continuer sa route en moi, si j’accepte de moins m’agripper, si je continue à laisser aller mes assurances, si je dis « oui » en confiance à l’inconnu et au neuf, à la sagesse de mon corps qui, à travers les maladies, m’a invitée à la transformation.

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